Addiction aux écrans chez les adolescents : que faire?

Addiction aux écrans chez les adolescents : comprendre et agir

Vous avez peur que votre ado soit devenu dépendant aux écrans et à son smartphone?

  • Il ou elle est scotché(e) à son smartphone en permanence?
  • A table, dans la salle de bain, le portable est devenu comme un doudou, un indispensable!
  • Quand vous partez en vacances ou chez des amis, première question de votre ado : ” c’est quoi le code WI-FI ?”,
  • Vous avez essayé toutes les stratégies éducatives : menace, chantage, compréhension, tentative de discussion et vous avez lu des livres et des revues sur les écrans et leur rôle négatif sur le développement du cerveau des humains?
  • Vous avez entendu parler du FOMO (fear of missing out), de la pression sociale des ados à cause des réseaux ? Depuis vous êtes perdus et inquiets?
  • Instagram et TikTok augmentent-il le risque d’isolement, de dépression voire de suicide chez les ado?

Votre ado passe des heures sur son téléphone et vous ne savez plus comment réagir ? Voici ce que dit la recherche — et ce qui fonctionne vraiment.

"L'addiction c'est tout ce qui vide la vie de son sens tout en la faisant paraitre meilleure"
Clarissa pinkola Estès
Psychothérapeute, Autrice

Comprendre la dépendance pour comprendre l’addiction aux écrans

De tout temps, même à la préhistoire, l’Homme et la Femme ont été dépendants. Dans les grottes préhistoriques on a retrouvé des symboles évoquant des substances créant une dépendance. Le bébé est totalement dépendant de ses parents pour sa survie. Cette dépendance nous a construit. Si vous vous êtes un peu documenté, vous avez probablement entendu parler de la théorie de l’attachement qui permet entre autres, la survie du bébé et de l’espèce. On pourrait ainsi parler d’une forme de dépendance qui nous construit. Sauf qu’une des idées majeures soutenue par la théorie de l’attachement est la suivante : le bébé s’attache très fortement au tout début de sa vie pour mieux de détacher au fur et à mesure qu’il grandit. La dépendance en elle même n’est pas forcément négative ou pathologique. Mais alors pourquoi les ados sont-ils si dépendants de leurs écrans?

Pourquoi devient-on dépendant ?

On naît dépendant (à ses parents ou son cercle parental et familial), un bébé, un enfant n’existe pas seul. On devient dépendant ou addict à des produits ou des conduites pour diverses raisons : 

  • la recherche du plaisir
  • la recherche de l’évitement du déplaisir (si vous en avez envie, vous pouvez consulter les travaux de Freud et plus spécifiquement « Malaise dans la société ». Le livre est daté mais pose des bases).
L’addiction peut en effet être un moyen de se donner du plaisir, du courage, de mieux gérer la frustration, les émotions exacerbées souvent difficile à contenir.
La personne, le sujet en psychothérapie, votre ado (probablement vous aussi), trouve une solution dans la dépendance ou l’addiction à s’auto-réguler.
 

L’addiction comme symptôme

L’addiction comme un symptôme est peut-être la forme la moins difficile ou la plus facile à accompagner et à résoudre, ou guérir. Il s’agit en effet de cas où une personne (adolescent ou adulte) a trouvé une solution pour mieux vivre sa vie. En termes psychanalytiques, on dira que l’appareil psychique de la personne a trouvé en l’addiction une solution à une ou des souffrances, à des angoisses. C’est inconscient. On ne choisit pas de devenir dépendant à un produit.

L’addiction comme mécanisme de défense

L’addiction comme mécanisme de défense est différente. Le mécanisme de défense, comme son nom l’indique, évite l’effondrement psychique. Vous en connaissez d’autres des mécanismes de défense. Le déni par exemple, très puissant. Le clivage très puissant également. Le mécanisme de défense est nécessaire à la survie du Moi. Quand l’addiction est un mécanisme de défense, la survie de la personne dépend du produit ou du comportement addictif. La question du sevrage se pose alors. Attention, je ne dis pas qu’il faille valider une addiction. Mais quand l’addiction est un mécanisme de défense, le risque de suicide est élevé. 

Addiction et dépendance : quelle différence ?

On parle d’addiction quand le sujet (voir plus haut) est dépendant à un produit, une substance, une conduite et que cette dépendance devient une addiction. L’objet de la dépendance devient le sujet dans la vie de la personne. Le sujet est objet de son addiction. L’addiction s’installe après la dépendance. C’est à cet endroit précis qu’un accompagnement comme la psychothérapie est nécessaire. Dans le cas d’une addiction, le sevrage psychique est très difficile car le sujet doit investir un autre objet pour remplacer son addiction.

Pourquoi décrocher d'une addiction est-il difficile ?

Les addictions calment et comblent :

  • les angoisses massives (de mort, d’abandon),
  • le vide intérieur,
  • les failles narcissiques,
  • la rencontre avec l’autre, avec l’altérité,

On aborde ces deux points spécifiques dans la suite de l’article.

Comment éviter la dépendance ou l'addiction aux écrans chez les adolescents ?

L’adolescence est une période charnière : votre enfant cherche à se construire, à s’affirmer, à tester ses limites…Il ou elle cherche activement et inconsciemment de nouveaux modèles d’identification. C’est pour cette raison, pour se détacher de ces modèles que les conflits, les incompréhensions se produisent. L’adolescence bouleverse profondément les jeunes… et leurs parents.  Les échanges se tendent, les silences s’installent, les crises deviennent fréquentes. C’est « normal » ou plutôt biologique. Si votre ado est ingrat, c’est même une bonne chose ! Ca ne veut pas dire cependant qu’il faille tout accepter. Y compris l’usage intensif des écrans.

Poser des limites claires sur l’usage des écrans

L’usage des écrans peut se comparer à la conduite d’une voiture. C’est génial, ça permet d’être plus autonome. Mais pour conduire on doit passer son code et son permis. Et une fois qu’on a le permis, on reste soumis au code de la route, à des interdictions et contrôles éventuels.

Pour limiter les risques d’usages problématique des écrans vous pouvez mettre en place et imposer des règles : 

  • pas de portable à table, dans la chambre, après 22h…
  • imposer un temps d’écran quotidien aux plus jeunes 
  • installer un contrôle parental pour limiter certains site (porno essentiellement)
Bien-sur, c’est différent si votre enfant à 11 ans ou s’il a 15 ans….Plus vous faites de la pédagogie à propos de l’usage des écrans, plus vous le faites tôt (quand votre voix compte encore) plus vous vous donnez les moyens de réussir. Je vous accompagne à identifier quelles limites claires, entendables et indéboulonnables vous pouvez mettre en place dans votre famille. Pour cela je vous invite à consulter mes articles : Réguler les émotions des enfants et des ados & Poser des limites à son enfant ou son ado.

Parents : être au clair sur votre propre usage des écrans

C’est là qu’on commence à rentrer dans le coeur du sujet. Il ne viendrait à l’esprit de personne de parler d’une dépendance à la lecture. Quoique… Des parents lecteurs ont tendance à transmettre le goût de la lecture à leurs enfants. Si votre propre rapport aux écrans est problématique, il y a fort à parier que votre ado va vous imiter.

Quand j’écris « problématique », je parle d’une consommation (du temps) ou d’un fonctionnement invitant à la dépendance. Un travail d’élaboration autour du manque et des failles narcissique fonctionne généralement avec ce type de pratiques. En d’autres termes; le travail thérapeutique portera sur les investissements de la personne et son rapport aux objets (comme pour la dépendance au sport, au travail…)

Quand faut-il s’inquiéter d’une dépendance aux écrans chez son ado ?

Avec les ados, réseaux sociaux et narcissisme sont liés, intriqués. Je vous explique l’importance de développer un narcissisme solide (l’estime de soi) pour réduire son besoin d’hyper connexion aux réseaux.

Narcissisme primaire et réseaux sociaux

Pour simplifier, le narcissisme primaire correspond à la toute première étape du développement psychique du bébé, de la naissance jusqu’à environ 18 mois ou 2 ans. À ce stade, l’enfant ne distingue pas encore vraiment le monde extérieur de lui-même : il est au centre de son univers. Il est, en quelque sorte, son propre objet d’amour.

Tout ce qui l’entoure — regards, voix, soins — est vécu uniquement en fonction du plaisir ou du déplaisir que cela lui procure. Ce fonctionnement est normal : il est lié à l’immaturité du bébé et à ce que Mélanie Klein (fondatrice de l’École Anglaise) appelait le stade anobjectal, c’est-à-dire avant l’investissement véritable des autres comme personnes distinctes. Or, les réseaux sociaux peuvent venir réactiver ce mode de fonctionnement archaïque.

Le nombre de likes, de vues ou de followers offre un retour narcissique immédiatJe poste, donc j’existe. L’adolescent peut alors retrouver une forme de « recentration » sur lui-même où la reconnaissance semble dépendre directement du regard des autres quantifié en chiffres. L’écran devient alors le miroir d’un Narcisse qui ne peut plus se détacher de son reflet numérique.

Construire l’estime de soi à l’adolescence

Après 18 mois ou 2 ans, l’enfant entre progressivement dans le monde objectal, c’est-à-dire le monde de la relation, de l’altérité. Il découvre que les autres existent en dehors de lui.

Pour recevoir de la reconnaissance, de l’amour, il ne suffit plus d’exister : il faut investir de l’énergie dans les relations, accepter la frustration, composer avec l’altérité. C’est ce qu’on appelle le narcissisme secondaire.

Plus ce narcissisme secondaire est solide et développé – c’est-à-dire plus l’estime de soi est construite à travers des relations réelles, variées et sécurisantes — plus l’adolescent est capable :

  • d’entrer en relation avec les autres sans se sentir menacé,
  • de supporter l’absence de validation immédiate,
  • de trouver des sources de plaisir extérieures à lui-même (dans l’interaction, dans les relations).

À l’inverse, lorsque cette construction est fragile, les réseaux sociaux peuvent devenir un moyen rapide de combler un manque interne.

Comment une psychothérapie peut aider face à la dépendance ou l'addiction aux écrans des adolescents

Plus haut dans cet article je vous ai proposé des pistes pour votre adolescent et vous car vous êtes un modèle d’identification. Un coaching parental spécifique va vous apporter :

  • une compréhension immédiate du noeud de votre problématique face aux écrans : parfois, ce n’est pas l’usage de l’écran qui est problématique mais l’ennui, la comparaison sociale, la difficulté à entrer en relations…
  • Un espace d’écoute bienveillant et sans jugement du fonctionnement de votre famille avec des pistes de transformations immédiates. Par exemple, la consultation du smartphone pendant les temps de partage tels que repas, devoir reste à limiter voire à stopper. Si vous y parvenez vous-même, vous faites preuve d’exemplarité. Si lorsque vous échangez avec un enfant ou un ado et que vous ne prenez pas un appel, vous renvoyez un message très important. « Tu es plus important que cet appel ou cette notification ».
  • des clés pour restaurer un cadre contenant, ferme ET souple. Ca veut dire que vous restez le parent, vous ne cherchez pas à devenir son pote, mais que vous pouvez néanmoins avoir une jolie relation,
  • Apprendre à gérer les frustrations qui émanent du nouveau fonctionnement,
  • une prise de recul pour poser ce qui est important pour votre ado et pour vous : et bien souvent, pouvoir le verbaliser cela fait toute la différence.

Au delà de l'écran, le réalignement familial

L’addiction est souvent le symptôme d’une structure qui vacille. Si vous sentez que votre ado ou votre famille est « submergée » par les écrans et leur usage, je propose un accompagnement en deux temps : ateliers parents et psychothérapie. Les premiers sont des espaces d’échanges et d’apprentissage ( développer l’intelligence émotionnelle, la confiance en soi, mieux gérer les conflits, les prévenir et les désamorcer ). La psychothérapie permet de comprendre et transformer la dynamique familiale et accompagner les personnes au sein de la famille.  

Vous vous reconnaissez dans cette situation ?

Si vous vous sentez dépassé(e) par la place des écrans dans la vie de votre adolescent, il est possible d’agir. Je vous propose un accompagnement pour :

  • comprendre ce qui se joue réellement,
  • retrouver une relation apaisée avec votre enfant,
  • poser un cadre sécurisant et adapté.

FAQ usages & addictions aux écrans chez les adolescents

Mon ado est-il addict à son smartphone?

Un adolescent peut passer beaucoup de temps sur son téléphone sans être forcément addict. On parle d’addiction lorsque l’usage devient incontrôlable et impacte la vie scolaire, sociale ou familiale.

Les spécialistes recommandent de poser des limites claires, notamment le soir et pendant les moments familiaux, afin d’éviter une hyperconnexion. Plus d’infos :

Santé Publique France

Lorsque l’adolescent s’isole, que les conflits deviennent constants ou que le téléphone devient indispensable pour réguler ses émotions.