Oui — et c'est même indispensable. La frustration est l'une des premières expériences psychiques qui permet à l'enfant d'apprendre que ses besoins ne sont pas toujours satisfaits immédiatement, et que le monde ne tourne pas uniquement autour de lui. C'est ce que Winnicott appelait la "désillusion progressive" — un processus sain et nécessaire à la construction du moi.Concrètement, un enfant qui n'expérimente jamais la frustration développe plus difficilement la tolérance à l'échec, la capacité à différer ses désirs et l'empathie envers les autres. À l'adolescence, cette intolérance à la frustration peut se manifester par des comportements impulsifs, une difficulté à gérer les conflits ou une dépendance aux gratifications immédiates — dont les écrans sont aujourd'hui le principal vecteur.Dire non à son enfant avec bienveillance et cohérence, c'est donc lui offrir un entraînement psychique précieux — pas lui faire du mal.