Angoisse inexpliquée ? et si le trauma simple ou complexe pouvait être une cause?

Trauma simple et complexe :
et si on vous expliquait vraiment la différence et pourquoi ils génèrent de l'angoisse?

Pourquoi faire la différence entre différents types de traumatismes?

Depuis quelques années, une distinction apparaît entre trauma simple et trauma complexe y compris chez les patients. Pourquoi est-il interessant de savoir faire la différence entre trauma simple et complexe? 

Trauma simple et complexe? Quelles différences?

Entre ces deux types de trauma, qui doit pouvoir faire la différence : le patient? Quand il explique sa situation, les événements traumatiques? Ou le thérapeute (psychothérapeute, psychologue…) pour proposer l’approche thérapeutique la plus adaptée?

Une nouvelle patiente a récemment abordé ce sujet lors de sa première séance. Elle m’a en effet raconté son histoire, son vécu en m’expliquant qu’elle pensait qu’il s’agissait d’un trauma complexe en me disant « comme j’ai vu sur votre site que vous saviez traiter les traumas complexe, je vous ai contacté« 

Que répondre à cette patiente? A son stade, trauma en creux et en plein étaient des notions plus justes pour étayer son vécu. Mais trauma complexe fonctionnait également. Mais surtout, quel bénéfice pour elle à valider ses traumas? Car comme on le verra, un traima simple peut être extrêmement douloureux, violent et un trauma complexe plus subtile, moins « racontable » car moins factuel. On y arrive. 

Qu'est-ce qu'un trauma simple?

Pour définir un trauma simple, on parle de vécu traumatique que le patient peut décrire de manière spécifique et factuelle. Il ne s’agit en aucun cas de minimiser le trauma. Cela peut être très douloureux : un deuil, un accident de voiture de voiture, une agression.

L’idée à retenir derrière le trauma simple est celle-ci : pouvoir « dire », pouvoir « raconter » : «tel jour, à tel heure, cet événement s’est produit. » . Mais si « dire » était si simple on le saurait.

Car avec un trauma simple  la honte peut survenir et rendre le « dire » impossible.

Un trauma simple ou un trauma complexe peut aussi être maquillé, masqué sous du déni et du clivage. Par exemple; le patient raconte son histoire mais il enjolive le moche. Ce processus est un mécanisme de défense puissant qui permet la survie  psychique et physique. Donc ce n’est pas si simple.

Mais pour retenir une définition exploitable, qui fasse sens, le trauma simple peut se résumer ainsi : un événement traumatique survenu tel jour, à telle heure, à tel endroit, avec un début et une fin.

Trauma simple ou complexe ou autres?

Peut-être qu’une redéfinition du trauma simple serait alors adaptée. En effet, opposer trauma simple au trauma complexe n’apparait plus nécessairement ajusté à la clinique actuelle. Peut-être que trauma complexe et non complexe ou trauma et trauma complexe seraient des termes plus justes.

Définir la notion de trauma en terme de complexité a longtemps parmi de proposer un accompagnement adapté : à la fois l’approche (la clinique) et le durée. Dit autrement, plus le trauma est complexe, plus la reconstruction, la guérison est complexe. 

Oui et non, et je dirais même pas si simple…

Trauma en plein, trauma en creux : des notions plus actuelles

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir une notion peu connue du grand public : les trauma en creux et les traumas en plein.

Imaginez une boite de conserve pleine d’un aliment, vous donnez un coup dessus, la boite ne s’ouvre pas nécessairement mais se déforme. Un bosse apparait : un trauma en plein. Mais à côté de la bosse, il y a un creux, un renfoncement : le trauma en creux.

Le trauma en plein, c’est celui qui se voit, il s’observe, il est visible. Le trauma en creux, il se découvre, souvent dans la thérapie. Enfin le thérapeute expérimenté sait que trauma en plein et en creux marchent mains dans la mains.

Exemple du trauma en creux : l'accident de voiture

Imaginons un accident de voiture. Vous êtes dans la voiture, mais vous n’avez rien, aucune blessure physique. Voire vous n’êtes pas dans la voiture, vous êtes assis à un café, tranquillement occupé quand quand l’accident survient. Vous êtes témoin. Rien ne vous arrive. Vous n’êtes pas blessé. Pourtant.

Quels impacts du trauma en creux ?

Autre exemple de trauma en creux qui se découvre en cabinet et qui souvent revêt la forme d’un manque de confiance en soi annoncé par le patient. Le motif de la consultation. Quand on creuse, – on notera donc que pour découvrir le trauma en creux, il faut explorer, creuser – le patient évoque des humiliations – pour son bien – de l’insécurité dans la famille, un environnement peu soutenant. De la violence, verbale, ou physique mais pas toujours dirigé contre lui ou elle, de la négligence….

"le traumatisme est par définition insupportable. La plupart des combattants, des victimes de viols, et des enfants qui ont été agressés sexuellement sont si bouleversés quand ils pensent à ce qu'ils ont subi qu'ils tentent de cacher cette expérience de leur esprit, de faire comme si de rien n'était et de passer à autre chose. Il leur faut énormément d'énergie pour continuer à vivre en gardant à le souvenir de la terreur,avec la honte d'avoir été si faible et vulnérable."
Bessel van der Kolk
Psychiatre, conférencier, écrivain, psychothérapeute

Reconnaître ses manques pour guérir et être heureux

La notion de traumatisme existe depuis que la psychanalyse existe; le traumatisme depuis la nuit des temps. La notion de « traumatisme en creux » est généralement davantage associé à la pensée de Paul-Claude Racamier ou d’André Green et aux auteurs qui ont travaillé sur les traumatismes liés au manque, à l’absence ou aux défauts de contenance psychique.

Pourquoi cette notion est importante pour le patient également -voire le grand public -? Car le traumatisme en creux cause autant voire davantage de dégâts qu’un traumatisme en plein. Et qu’il est toujours quasiment présent avec le trauma en plein. Le traumatisme en plein, lui se voit, se dit. Et  la compassion ou l’empathie plus présentes généralement.

Lorsqu’il s’agit d’un traumatisme en creux, pour peu que la personne soit bien insérée, de belles études inscrites sur son Cv, gagne correctement sa vie, elle peut se demander (en réalité c’est presque toujours le cas), si elle n’a pas pas halluciné le traumatisme. Si n’elle n’exagère pas. Si elle n’en fait pas trop, n’est pas ingrate…Bref, autant dire que dans ces conditions il est difficile d’avoir confiance en soi. Place plutôt aux schémas limitants, au syndrome de l’imposteur et autres stratégies inconscientes qui empêchent d’être heureux et en paix.

Traumatisme et angoisse - quel lien?

Le trauma en creux est souvent à l’origine d’une angoisse qui semble sans cause. Pas de déclencheur identifiable, pas d’événement précis à pointer. Le blues du dimanche soir, l’angoisse du vide, réel ou figuré. La peur ou l’angoisse de l’abandon….

C’est précisément ce type d’angoisse et de traumatismes que j’accompagne en cabinet. Comprendre d’où ils viennent est la première étape pour apprendre à les traverser et à les laisser derrière soi pour investir le présent et se projeter dans l’avenir.

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Ce que le cerveau fait pendant le traumatisme - et pourquoi ça explique tout

Lors d'un traumatisme, la parole est altérée voire inactivée

Bessel Van der Kolk a montré en imagerie que lors du trauma et de sa reviviscence, l’aire de Broca — la zone du cerveau qui gère le langage et la capacité à mettre des mots — s’inactive littéralement. Ce n’est pas un refus de parler. C’est une impossibilité biologique. « Je ne trouve pas les mots » n’est pas de la résistance. C’est neurologique.

Lors d'un traumatisme, l'aire de la peur s'emballe

Lors du traumatisme, le lobe frontal — siège de la raison, de la planification, de l’anticipation — disparaît du circuit. C’est le système limbique (émotions et comportement sociaux) qui prend le relais. Le corps prend le relais, la rationalisation est impossible — et c’est là le danger de certaines approches purement cognitives qui peuvent générer de la honte quand le patient n’y arrive pas : « pourquoi je n’arrive pas à me raisonner ? » Parce que biologiquement, pendant la reviviscence, le cerveau rationnel est hors circuit.

Suite au traumatisme, le corps débordé par l'émotion revit le trauma

Le système limbique — qui fonctionne par association, par odeur, par son, par image — réactive le traumatisme passé sans prévenir dans le présent. Un déclencheur réactive l’émotion intense vécue pendant le traumatisme ; comme il elle était vécue, là, dans l’ici et maintenant. Le déclencheur n’a pas besoin d’être logique. Une odeur, une voix, une lumière peuvent suffire. C’est pour ça que les schémas répétitifs s’expliquent neurologiquement — le système limbique cherche à compléter ce qui est resté en suspens.

C’est pourquoi le traumatisme est souvent vécu davantage comme une expérience sensorielle : émotionnelle et corporelle que comme un souvenir narratif ordinaire. Cette observation rejoint les intuitions de Pierre Janet dès la fin du XIXe siècle : sous l’effet du traumatisme, l’événement n’est pas pleinement intégré à l’histoire personnelle. La psychothérapie permet d’organiser les pensées empêchées par le débordement émotionnel (cela renvoie directement à la pensée de W. Bion et le concept de fonction alpha).

FAQ Trauma simple et trauma complexe

Quelle est la différence concrète entre trauma simple et trauma complexe ?

Le trauma simple est lié à un événement précis, daté, avec un début et une fin — un accident, une agression, un deuil. Le trauma complexe résulte d'une exposition répétée ou prolongée à des événements traumatiques — violences chroniques, négligence, environnement familial instable sur des années. Le trauma complexe affecte plus profondément la construction identitaire et la régulation émotionnelle.

Le trauma en creux c’est ce qui n’a pas eu lieu et aurait dû — l’absence de regard bienveillant, le silence face à une souffrance exprimée, un environnement peu soutenant, de la négligence. Une absence de contenance émotionnelle : le parent est physiquement là, mais il est absent, pas disponible, pas vraiment là. Il ne se voit pas, ne se dit pas facilement. La personne doute souvent d’elle-même — « est-ce que j’exagère ? ». C’est pourtant aussi dévastateur qu’un trauma visible.

Oui — notamment dans le trauma en creux. Ce qui n’a pas eu lieu ne laisse pas de souvenir précis à raconter. Le trauma se manifeste alors par des symptômes diffus : manque de confiance en soi, syndrome de l’imposteur, angoisse chronique sans cause apparente, schémas relationnels répétitifs. Et quand le traumatisme a été trop intense, il peut être totalement oublié, comme refoulé.

Ce n'est pas l'événement qui définit le trauma — c'est son impact sur votre vie psychique. Deux personnes peuvent vivre la même situation et en sortir très différemment. Si vous ressentez des symptômes persistants — angoisses, difficultés relationnelles, sentiment de ne pas être à votre place — une consultation avec un psychothérapeute peut vous aider à y voir plus clair.

Cela dépend entièrement du type de trauma, de son ancienneté et de la personne. Un trauma simple récent peut se travailler en quelques mois. Un trauma complexe ou un trauma en creux ancien nécessite souvent un travail plus long — parce qu’il touche à la construction identitaire profonde, pas seulement à un événement. Mais encore une fois, il n’y a pas de règle.