Comment parler du consentement à son enfant sans lui faire peur ?

Comment parler du consentement à son enfant sans lui faire peur ?

Pourquoi parler du consentement aux enfants met parfois les parents mal à l'aise?

Parler du consentement à ses enfants est souvent perçu comme un sujet difficile par de nombreux parents. Pourquoi ?

Parce qu’en tant que parent, on pense souvent que plus un enfant est petit, plus il est vulnérable… mais moins il est capable de comprendre la notion de consentement. C’est pourtant la première erreur.

La bonne nouvelle ? Si vous lisez cet article jusqu’au bout, vous découvrirez des techniques simples pour parler du consentement à vos enfants selon leur âge — et donc selon leurs capacités de compréhension — sans les terroriser ni en faire des enfants peureux.

Et vous aussi, cela vous rassurera.

Le consentement ne concerne pas seulement la sexualité

Verbaliser ce qui atteint le corps

Intégrer le consentement, c’est toute une éducation. On ne commence pas à lire lorsqu’on est capable de comprendre Victor Hugo ou Proust. On commence par lire : « Le chat est dans le jardin » ou « Les enfants jouent ».

Pour le consentement, c’est exactement la même chose.

La première action à mettre en place pour protéger ses enfants consiste à verbaliser ce que l’on fait lorsqu’on s’occupe d’eux :

  • on les porte,
  • on les habille,
  • on les nourrit,
  • on les change, on les lave,
  • on les soigne.

Et on peut parfaitement leur expliquer ce que l’on est en train de faire.

Non, vous n’êtes pas « un parent bizarre ». Non, ce n’est pas inutile.

Même les tous petits comprennent si on associe parole et action

L’enfant tout jeune est vulnérable : on le porte, on le pose, on le manipule, on lui change la couche, on le nourrit… Pourtant, cela ne signifie pas qu’on ne peut pas lui expliquer ce que l’on fait.

À 18 mois, par exemple, lorsqu’un enfant tient debout, il peut participer à certains gestes du quotidien. On peut changer une couche de pipi alors qu’il est debout. Il peut tendre les bras pour enfiler son tee-shirt ou même accrocher lui-même certains scratchs.

Et si la couche est pleine de selles, on peut simplement dire : « Là, c’est plus facile pour moi si tu t’allonges. »

Cela paraît anodin. Pourtant, on est déjà en train de lui apprendre quelque chose de fondamental : son corps mérite qu’on lui explique ce qui lui arrive :

  • Non, cela ne rend pas un enfant fragile.
  • Non, cela ne le rend pas capricieux.

Au contraire.

On lui apprend progressivement que son corps lui appartient et qu’il en est le premier concerné.

À retenir

Le consentement commence bien avant les grandes discussions sur la sexualité. Il se construit dans les interactions quotidiennes, dès les premiers mois de vie.

La psycho-éducation commence dès la crèche et la maternelle

Lorsque vous avez pris l’habitude d’expliquer ce que vous faites et pourquoi, il devient beaucoup plus facile d’aborder les limites corporelles.

Vers 2 ou 3 ans, lorsque débarque la célèbre période « caca-boudin », on peut commencer à poser des questions très simples :

  • « Au fait, qui peut t’aider à te changer ? »
  • « Qui peut toucher ton zizi ? »
  • « Qui peut toucher ta zezette ? »

On adapte évidemment les mots à l’âge de l’enfant et au vocabulaire qui est utilisé à la maison et dans la famille. 

L’important est d’expliquer :

  • qui peut toucher certaines parties du corps ;
  • dans quelles circonstances ;
  • et pour quelles raisons.

Concrètement, faire de la psycho-éducation à propos du consentement avec un enfant de maternelle ça peut donner ça :

Une fois que vous avez expliqué à votre enfant qui peut la ou le toucher, vous pouvez lister ensemble (l’enfant se sent inclus, et ça l’aide à verbaliser) : 

  • papa et maman ;
  • papi et mamie lorsqu’ils te gardent ;
  • la dame de la cantine (vous citez les référents par leur prénom, les enfants les connaissent) ; ou l’ATSEM
  • les soignants lorsqu’un soin est nécessaire

Mais surtout, on prend des exemples concrets.

Encore mieux : on demande à l’enfant de raconter.

  • « Tiens, raconte-moi comment ça se passe quand tu vas faire pipi à l’école ? »

Puis on reformule.

  • « Alors tu vois, tu me dis que la dame s’occupe des petits (petites section de maternelle) pour la sieste et qu’elle aide parfois à se rhabiller. Donc elle peut t’aider dans ce contexte-là. »

Concrètement, faire de la psycho-éducation à propos du consentement avec un enfant en crèche ça peut donner ça :

Quand l’enfant vous décrit sa journée à la crèche, vous pouvez lui dire : « dis-moi, est-ce que tu t’es lavé les mains seuls avant de manger ou c’est (vous citez le prénom) » et rappeler qu’un adulte peut le toucher, le déshabiller dans un contexte spécifique : 

  • Pour changer la couche.
  • Pour aider à se rhabiller.
  • Pour sécher un enfant après un accident ou après une activité type jeu d’eau.

Avec ce type d’échanges, l’enfant poursuit l’acquisition de ses limites corporelles et psychiques.

Il comprend que tout le monde ne peut pas le toucher. Il peut aussi dire « je suis grand je vais faire seul ».

Il comprend aussi qu’une même personne ne peut pas le toucher n’importe quand et n’importe comment.

Cela paraît simple. En réalité, c’est énorme. Et oui, il faudra le répéter. Pas dix fois par jour. Mais régulièrement.

Car comme pour la lecture, les règles s’acquièrent par répétition. Donc là encore, on pose des questions. et pour pas stresser tout le monde (soi et l’enfant), on peut lui demander : « tiens avec qui tu as joué avant l’heure des parents?  » ou « c’était qui qui surveillait la sieste? »

À retenir

L’enfant n’a pas besoin d’un grand discours. Il a besoin de règles simples, répétées et adaptées à son quotidien.

Les bisous, les câlins et le droit de dire "non"

Plus vous parlez de ces sujets avec votre enfant, plus vous serez à l’aise pour aborder les situations du quotidien.

Les bisous en font partie. On peut tout à fait dire : « Tu sais, tu peux faire un bisou si tu en as envie. Mais ce n’est pas obligatoire. » Y compris avec la famille.

C’est souvent là que les parents se sentent coincés. Parce qu’il y a ce fameux : « Oui, mais c’est la famille. » Justement !

Apprendre à un enfant à respecter ses propres limites ne lui apprend pas à être impoli. Cela lui apprend à identifier ce qui lui convient et ce qui ne lui convient pas.

On peut préparer certaines situations : « aujourd’hui c’est une réunion de famille. Il y aura sûrement des personnes qui auront envie de te faire un bisou ou un câlin. Si c’est trop pour toi, tu peux me le dire et je serai à côté de toi. » L’objectif n’est pas que l’enfant refuse tout contact. L’objectif est qu’il comprenne qu’il a le droit d’exprimer ce qu’il ressent.

À retenir

Apprendre à un enfant qu’il peut dire non à un bisou ne lui apprend pas à être impoli. Cela lui apprend à respecter ses propres limites.
« Il n'y a pas d'enfants, il y a des personnes »
Janusz Korczak
Médecin, écrivain et éducateur polonais d'origine juive

Les soirées pyjama, les copains et les activités extérieurs

Lorsque les enfants grandissent, les situations deviennent plus complexes.

Avant une soirée pyjama ou une activité chez un ami, on peut rappeler quelques règles simples. De la même manière qu’on dit :

  • « Tu aides à ranger. »
  • « Tu dis merci. »

On peut aussi dire :

  • « Tu peux fermer la porte quand tu prends ta douche. »
  • « Tu peux demander un peu d’intimité pour te changer. »
  • « S’il y a quelque chose qui te met mal à l’aise, tu m’appelles et je viens te chercher. » Sans te gronder. Sans te faire la morale.

Et après la soirée ou l’activité, on prend le temps de discuter :

  • « Raconte-moi à quoi vous avez joué. »
  • « Qui était là ? »
  • « Tu t’es senti bien ? »

Et en tant qu’adulte, vous avez aussi le droit de poser des questions avant aux parents qui accueillent votre enfant : Qui sera présent, Quels adultes seront là, d’autres familles sont-elles invitées ?

Le but n’est pas de devenir paranoïaque. Le but est simplement d’exercer son rôle de parent. Parce que soyons honnête, la plupart du temps quand on confie ses enfants pour une pyjama party, tout se passe bien pour l’enfant et en tant que parent, on a une soirée en mode célibataire avec son ou sa partenaire, donc c’est tout bénéf !

Les enfants parlent davantage lorsqu’ils sentent qu’ils seront écoutés plutôt que jugés.

Les secrets - une règle simple qui peut protéger

La question des secrets est essentielle.

On peut expliquer à l’enfant qu’il existe une différence entre une surprise et un secret.

Une surprise, c’est par exemple :« Papa ne sait pas encore ce qu’on lui offre pour la fête des pères. On cache son cadeau avec celui que tu lui as fait. Top secret jusqu’à dimanche » Ou :« Ta petite sœur croit encore au Père Noël, donc chut, on garde ça entre nous, entre grands».

Ces surprises ont vocation à être révélées.

En revanche, lorsqu’un adulte demande à un enfant de garder un secret qui le gêne, lui fait peur ou le met mal à l’aise, ce n’est plus la même chose.

On peut transmettre une règle simple : « Dans notre famille, aucun adulte ne te demandera de garder un secret qui te rend triste, inquiet ou mal à l’aise. »

Et on peut ajouter pour clarifier ces propos : « si cela arrive ou que tu ne sais pas, tu peux toujours venir m’en parler. »

Même si cela devait gâcher une surprise, vous êtes en capacité de faire semblant.

Campagne Brisons le silence : ensemble protégeons nos enfants des violences sexuelles

À retenir

Ce qui protège un enfant n’est pas qu’il garde les secrets. C’est qu’il sache à qui les raconter.

Les adolescents, les réseaux sociaux et les photos intimes

À l’adolescence, la question du consentement prend une autre forme. Elle concerne les relations amicales. Les relations amoureuses. Les réseaux sociaux. Et les photos.

Le message doit être clair : « Pas de photo intime envoyée à quelqu’un. Même à un ami. Même à une amoureuse. Même à un amoureux. » « Et si tu reçois une dickpic, tu peux signaler, bloquer le compte».  «Si un pote t’envoie les photos des seins de sa copine, tu ne partages pas, tu ne like pas».

Pourquoi ? Parce qu’une photo peut être enregistrée. Copiée. Partagée. Diffusée et souvent, sans le consentement de la personne sur la photo.

Les adolescents vont parfois souffler, lever les yeux au ciel ou vous répondre que vous êtes rabâchez. Oui et de leur point de vue, c’est clairement le cas. Mais votre rôle n’est pas d’être populaire.

Votre rôle est de protéger.

Alors oui, vous allez probablement devoir répéter. Plusieurs fois….(ce lien mène à un article sur les ados et les réseaux)

À retenir

Le consentement à l’adolescence concerne aussi l’image, la vie privée et les réseaux sociaux.

Dans le sport aussi, le consentement existe

Quand on parle de consentement, on pense souvent à la sexualité. Pourtant, beaucoup d’enfants rencontrent d’abord cette question dans le sport.

Le sport est un formidable lieu d’apprentissage. On y apprend la persévérance. L’effort. Le collectif. Le respect. Mais un enfant doit aussi apprendre que respecter un entraîneur ne signifie pas accepter n’importe quel comportement.

Par exemple :

  • un enfant blessé doit pouvoir dire qu’il a mal,
  • un adolescent doit pouvoir signaler qu’une remarque sur son corps le met mal à l’aise,
  • un jeune sportif doit pouvoir exprimer son inconfort si un adulte entre dans les vestiaires sans prévenir,
  • un enfant doit savoir qu’il peut parler si un comportement lui paraît étrange ou inapproprié.

Comme pour la cantine, le périscolaire ou l’école, il ne s’agit pas d’apprendre à son enfant à se méfier de tout le monde.

Il s’agit de lui apprendre qu’il peut parler. Et qu’un adulte de confiance prendra le temps de l’écouter.

À retenir

Le respect de l’autorité ne remplace jamais le respect de l’intégrité physique et psychologique de l’enfant.

Conclusion

Ce qui protège le plus un enfant n’est pas de lui faire peur. Ce n’est pas non plus de surveiller chaque instant de sa vie.

Ce qui le protège le plus, c’est de lui apprendre qu’il peut parler.

Parfois, cela commence simplement par : « Tu n’aimes pas aller à la cantine ? Raconte-moi. »

Pas forcément pour changer immédiatement de solution. Pas forcément parce qu’il s’y passe quelque chose de grave.

Mais parce qu’un enfant qui se sent écouté développe davantage sa capacité à identifier ce qui lui convient, ce qui le met mal à l’aise et ce qui mérite d’être raconté.

Le consentement n’est pas une conversation unique. C’est une éducation qui se construit jour après jour.

FAQ Parents

À partir de quel âge parler du consentement à un enfant

Dès la petite enfance.Bien avant de comprendre la sexualité, un enfant peut comprendre des notions simples comme :demander avant de toucher ;dire non ;respecter le non de l'autre ;savoir qui peut l'aider pour les soins ou la toilette.Le consentement se construit progressivement au travers des situations du quotidien.

Non.

Ce qui inquiète les enfants, ce sont généralement les messages alarmistes ou les informations inadaptées à leur âge.

Parler simplement du corps, des limites et du droit de demander de l’aide permet au contraire de renforcer leur sentiment de sécurité.

Vous pouvez rappeler calmement qu’une photo numérique peut être enregistrée, diffusée ou réutilisée sans contrôle.

L’objectif n’est pas de culpabiliser mais de développer son esprit critique et sa capacité à se protéger.

Une surprise est temporaire et destinée à être révélée.Un secret demandé par un adulte qui met un enfant mal à l'aise, lui fait peur ou l'isole doit pouvoir être raconté à un adulte de confiance.

Écoutez-le. Sans conclure trop vite. Sans l’interrompre. Essayez de comprendre ce qui lui déplaît :

  • une attitude ?
  • une parole ?
  • une peur ?
  • une expérience désagréable ?

Le simple fait de se sentir écouté constitue déjà un facteur de protection important.